Bonjour à tous,
Je poste ici car c'est un sujet sérieux et un débat peut en découler.
Rodolphe JUGE, mon cousin, a de lourds ennuis de justice suite à son arrestation lors de la manifestation du 3 avril alors qu'il encadrait les lycéens. Son procès devait se dérouler le 17 avril et 200 personnes se sont déplacées pour le soutenir. Le jugement est mis en délibéré au 24 septembre prochain.
Merci de signer la pétition suivante pour lui venir en aide:
http://dl.free.fr/c00BvpyNh/Petiti [...] e_Juge.rtf
En tapant Rodolphe Juge sur google, vous trouverez plusieurs articles le concernant. Voici son témoignage :
Rodolphe Juge, enseignant, victime de l’arbitraire de la répression des manifestations lycéennes en procès le 17 avril.
Rodolphe Juge, jeune enseignant au Lycée Denis Papin à la Courneuve (93), raconte son interpellation à l’issue d’une manifestation lycéenne et le rôle qu’il y a tenu. Sous le coup d’accusations abracadabrantesques de la police, il passe en procès à Paris le 17 avril à 9H devant la 24ème chambre.
La manifestation, jeudi 3 avril
Matthieu Brabant et moi quittons le lycée à 13H pour rejoindre la manifestation à Luxembourg. Celle-ci est exclusivement lycéenne et les enseignants se contentent de l’encadrer. Je circule donc dans la manifestation pour anticiper et réagir en cas de débordements. La police se trouve juste devant la manif : lignes de CRS, fourgons, policiers en civil. Ils imposent régulièrement des arrêts au cortège. Cette situation crée très vite une tension entre la police et des lycéens et lycéennes (plusieurs centaines). Puis la manifestation se coupe en deux parties. La première avec les cortèges très structurés, camion sono, banderoles, le service d’ordre tenu par les enseignants. La deuxième est moins organisée, une ligne de tête devant les CRS mais pas de réel cortège, slogans plus radicaux contre Sarkozy et la police ; quelques projectiles sont lancés sur les policiers. A chaque arrêt imposé par la ligne de CRS, la tension monte, les policiers en civil chargent, matraque et bombe lacrymo en main, et embarquent 2-3 lycéens. Quasiment aucun enseignant n’est présent dans cette partie de la manifestation. Je décide donc d’y aller pour éviter que les choses empirent. J’arrive à discuter avec quelques lycéens. Ils voient l’encadrement de la manifestation par la police comme une provocation. J’essaie de leur faire comprendre de ne pas répondre à cette provocation, qu’ils risquent gros s’ils se font arrêter. Au moment d’une charge, je vois des policiers en civil montrer du doigt un lycéen avec lequel j’avais discuté. Je vais vite le voir pour lui dire de rejoindre l’arrière de la manifestation. Les policiers arrivent à l’interpeller et me disent de « dégager ». Je leur réponds que la manifestation est autorisée, qu’ils doivent nous laisser passer et qu’il est inadmissible d’arrêter les gamins présents dans cette manif.
L’arrestation
A la fin de la manifestation, le rassemblement est calme. Je vois les mêmes policiers en civil sans brassard se diriger vers un groupe de lycéens. Je me rapproche. Ils me disent de me « casser ». Je leur réponds que j’ai le droit d’être là. Ils montent d’un ton en me disant que je leur « casse les couilles ». Je leur répète que la manifestation est autorisée, qu’ils n’ont rien à me reprocher, qu’ils ont juste le droit de contrôler mon identité. Pablo, enseignant syndicaliste CGT, me dira plus tard qu’il a vu des policiers en civil m’entourer discrètement. C’est à ce moment qu’ils décident de m’embarquer. Ils me ceinturent et me traînent derrière la ligne de CRS. Ils en profitent pour me donner quelques coups discrets dans la figure. Ils me fouillent, vident mon sac à terre, jettent mon portable, m’insultent : « connard, fils de pute, tu fais moins le malin... ». Je pense toujours qu’il ne s’agit que d’un contrôle d’identité, mais ils commencent à me dire « c’est pas bien de jeter des pierres sur la police, on t’a vu,... ». Ils me menottent et deux d’entre eux m’emmènent au commissariat du 7ème arrondissement.
La garde à vue
J’attends environ une demi-heure avant de voir l’officier de police judiciaire me signifier ma garde à vue vers. Il me lis les raisons de mon interpellation : « violence aggravée sur agents de police ». Il me semble qu’à ce moment trois policiers attestent m’avoir vu jeter des pierres. Je refuse de signer et l’officier me dit : « c’est pas grave » et signe à ma place. Ils prennent mes empreintes et me mettent en cellule. Ils refusent que j’appelle directement mon amie, ce sont eux qui vont s’en charger. Je vois l’avocate commise d’office qui pense, sans avoir vu le dossier, que l’affaire n’ira pas trop loin : certainement une garde à vue de 24H et une comparution immédiate lors de laquelle j’ai de grande chance d’être disculpé. Je reste alors optimiste. L’interrogatoire commence vers 21H (j’ai du mal à avoir une notion claire du temps) et dure assez longuement. L’officier ne croit pas ma version des faits mais prend tout de même ma déposition. Il essaie de changer certains termes de ma déclaration (le policier était « autoritaire » alors que je disais « vulgaire, insultant ou violent »), mais je suis très attentif à la fidélité de sa retranscription. Il me demande si je cautionne les jets de pierres. Je lui répond que j’étais justement dans le cortège pour empêcher toute violence et convaincre les lycéens de rester calmes et de se disperser à la fin de la manifestation. Il me fait comprendre que je risque gros. A ce moment, les charges retenues sont violences aggravées et avoir dit « on ne va pas se laisser faire par ces sales flics », mais il n’y a plus qu’un policier qui atteste m’avoir vu et entendu. Il me propose une confrontation avec ce policier qui m’a interpellé. J’accepte en pensant qu’un refus desservira la crédibilité de ma déclaration. Je signe le rapport de l’interrogatoire. Je suis renvoyé en cellule après la prise de mon empreinte ADN (fiché pendant 40 ans comme un criminel, bienvenue dans le meilleur des mondes !). J’arrive à m’endormir sur ma planche de bois.
Vendredi 4 avril
La confrontation vers 8h se déroule rapidement. Je confirme ma déclaration. Le policier fait de même et essaie de m’intimider en questionnant l’officier sur mon avenir professionnel. La garde à vue se termine vers 11h. Je suis déféré au dépôt pour comparaître devant le procureur. J’insiste pour prévenir quelqu’un de mon transfert mais cela m’est refusé. A cet instant, je n’ai aucune information sur tout le soutien extérieur et je ne sais pas que je suis défendu par l’avocat contacté par la CGT. J’ai appris plus tard que l’avocat était très pessimiste et pensait que j’allais très certainement être incarcéré. Heureusement, l’ensemble des soutiens et pressions ont permis d’empêcher le procureur d’imposer une comparution immédiate et un jugement bâclé. Je suis libéré vers 15h20.
Le procès est donc reporté au 17 avril à 9h.
Rodolphe Juge
source : http://www.hns-info.net/article.php3?id_article=13987
Message édité par iria_hime le 30-04-2008 à 18:33:59